Fermeture du cinéma Arc-en-Ciel : c'est nos arts (et essai) qu'on assassine !

mercredi 25.06.2008, 04:59 - La Voix du Nord
par Laurent Breye
lens@infos-artois.fr
Les signatures en faveur du maintien du cinéma Arc-en-Ciel dépassaient les 1.300, hier.
(1) Association Spectateurs du cinéma Arc-en-Ciel. Pétition en ligne ici

| DISPARITION |


Une claque. C'est comme tel que les habitués du cinéma Arc-en-Ciel ont appris, dans nos colonnes, il y a huit jours, sa fermeture. Touchés mais pas coulés, ils se sont réunis en association. Et opposent des arguments au conseil d'administration.

Comme une mauvaise fin, avec des acteurs en dessous de tout, dans un mauvais film de série Z. Même pas un lent fondu au noir.

Non, plutôt une interruption bête et brutale en plein milieu d'une scène culte dans un film de Tarantino. Les spectateurs réguliers du cinéma Arc-en-Ciel, à l'annonce de sa fermeture, en sont restés comme deux ronds de flan. Huit jours plus tard, ils hésitent toujours à la jouer entre Femmes au bord de la crise de nerf ou Stupeur et tremblements. À moins qu'ils ne se soient déjà décidés à sauver le soldat art et essai.

Soupe à la grimace à la lecture de notre édition du 17 juin : « Ça nous a fait bondir ». Puis passage par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, avant de réussir à former une phalange anti-fermeture, sous forme d'association (1). De rouge « fâchés » à violet « énervés ». Les dents qui grincent : « On est attristés et désolés. »

Verts, quoi.

Un sentiment spontané, que chacun découvre au fur et à mesure de rencontres avec d'autres habitués des salles de la place Gambetta. Très vite aussi, la conviction que ce n'est pas en pépiant éparpillés qu'ils feront entendre leur mélodie, pour le moment en sous-sol. Quatre jours après la triste nouvelle, les voilà, statuts sous le bras, devant la préfecture pour enfourcher le combat.

« Autant dans la méthode que dans les raisons invoquées, cette annonce nous a choqués. » Parce qu'il en fallait un ou une, Valérie Fayt, enseignante à la fac de sport, s'assoie dans le fauteuil du director cut. En moins d'une semaine, sur Internet et sur le papier, le bouche à oreille fonctionne à merveille et c'est une liasse épaisse de 1.300 signatures que « les clients » de l'Arc-en-Ciel récoltent.


Outil culturel de proximité

Les raisons de la colère ? La disparition d'un outil « culturel de proximité » dans lequel se rendaient « de nombreux collèges et de scolaires des environs »... Et les pères et mères d'enfants dans l'association, ainsi que les profs et instits, tous à en déplorer la plongée dans le noir : « Il y avait une souplesse et une disponibilité qui nous permettait de travailler en étroite collaboration avec l'équipe du cinéma. L'Arc-en-Ciel était un vecteur de l'éducation à l'image et un parfait accompagnement interdisciplinaire ». Certes, on leur rétorquera qu'ils pourront toujours se rendre dans la salle art et essai d'Avion, l'unique qui restera dans la région... « D'accord, à 2,30 € l'entrée, mais combien en plus pour les frais de bus ? » Réunis avec ses amis hier soir devant l'Arc-en-Ciel, Valérie Fayt annonçait même la signature « par un collège du secteur, d'une motion pour sauvegarder le cinéma ».

Bien conscients de ne « pas être maîtres du calendrier », et plus dans « la réaction que dans l'action », les habitués de la salle art et essai savent bien que c'est avec un sac de billes dans les poches plus qu'un vent de contestation qu'ils feront - peut-être - bouger les choses. « On veut apporter quelque chose de cohérent, proposer des solutions... Et on en a quelques-unes. » Des pistes dénichées dans l'argumentaire même du directeur du centre culturel, Hassan Amrani, pour baisser rideau. « On nous parle de l'arrivée du numérique, imposée par la CNC, et on avance un investissement de 50.000 € par machine. Sur cinq cents films projetés en France en 2007, trente-huit seulement étaient des copies numériques... On sait bien que le passage au numérique est inéluctable et il est évident que, du fait même de la multiplication des implantations en numériques, le coût du matériel va baisser. » En trois coups de cuillers à clics, l'association dégotera même du matériel de projection numérique « à 20.000 $ en vente sur le web, soit environ 16.000 € ! » On est bien loin du montant annoncé... « Ensuite, il y a l'argument financier... » Lequel fait doucement rigoler les opposants à la fermeture. « On nous dit que la subvention de la CNC "a fondu comme neige au soleil"... Or, la subvention de la CNC, c'est 2 % du budget du cinéma l'Arc-en-Ciel. Tout s'arrête pour 2 % ? » De dégainer l'arme fatale, une calculette : « L'Arc-en-Ciel, c'est 25.000 entrées par an. Avec une augmentation de 1 € environ du tarif, on arriverait à compenser le manque à gagner. Le prix moyen d'une place dans un cinéma art et essai en France est de 5,12 €. A Liévin, on est en deçà, entre 2,3 € et 4,5 €. Est-ce qu'il n'y aurait pas là une solution ? » Des habitués remontés aussi contre « la signalisation inexistante » pour arriver aux portes de l'Arc-en-Ciel. « Où que vous tourniez, vous tombez sur le cinéma Pathé »... Tiens, parlons de ce complexe : « On ne peut pas laisser tout le flot de la création cinématographique aux complexes marchands. L'Arc-en-Ciel, c'est la grandeur du cinéma associatif.» Incapables de le conjuguer à l'imparfait ; et pas loin de penser que Le crime était presque parfait ?