Les cinéphiles refusent le crépuscule annoncé d'Arc-en-ciel

www.lievin-infos.com
le 25/06/2008
par Pascal Topart
photos©droits réservés

Début de soirée plutôt tendu hier dans le cœur de ville de Liévin : plusieurs dizaines d'opposants à la fermeture annoncée des trois salles de cinéma du centre Arc-en-Ciel se sont regroupés place Gambetta, afin de faire connaître leur courroux teinté d'incompréhension aux dirigeants de la structure associative, réunis en assemblée générale. Leur détermination : se faire entendre afin d'infléchir la sentence infligée au cinéma liévinois, condamné à disparaître dès le 1er juillet au soir.


Face à cette décision qu'ils jugent lourde de conséquence sur le plan culturel pour un bassin de population déja sinistré dans ce domaine, une cinquantaine d'artésiens de tous âges et de tous milieux ont retardé la tenue de l'assemblée générale, afin d'instaurer un débat avec la direction. Une heure après avoir calmement occupé la salle de théâtre, les manifestants ont été fermement invités à quitter les lieux par Hassan Amrani, le directeur de la structure, visiblement surpris de l'ampleur du mouvement.


«On ferme une mine... culturelle»

sans légendeTous ont très mal vécu l'annonce brutale de la fin du cinéma liévinois. « Je paie une carte de membre, et j'apprend la fermeture d'Arc-en-Ciel dans la Voix du Nord », explique ce quadragénaire. Aucun ne comprend cette décision. Pour la plupart, la programmation attirait un public certes moins nombreux qu'au complexe Pathé voisin mais qui avait tendance à prendre de l'épaisseur au fil des années. « Avec la formation aux images, on expliquait aux enfants comment faire pour comprendre le sens des films et ainsi leur apprendre à réfléchir par eux-mêmes », nous explique Vincent, avant de souligner que pour bon nombre d'enfants liévinois, la séance à Arc-en-Ciel était parfois leur seul lien avec le Septième art. Tous les manifestants viennent à l'Arc-en-Ciel en famille, avec les enfants. Parfois leurs progénitures vont voir un film avec leur école. « Mes enfants participaient à un atelier de cirque, nous explique cette mère de famille, et les enseignants ont appelé l'équipe d'Arc-en-Ciel afin qu'ils puissent voir le film de Chaplin. Comment vont faire les écoles de Liévin maintenant ? » Tous sont unanimes : la qualité de l'accueil de leur "petit" cinéma ne pourra jamais être remplacée par une autre structure. Quant au prix (4,50 € la place pour un adulte, contre près du double pour une séance au complexe cinématographique), « il permettait d'aller au cinéma plus souvent ». Et cet homme de renchérir : « Après la fermeture des puits de mines, on ferme une mine culturelle ».




«On fait dire aux chiffres ce qu'on veut»

« On nous parle d'une obligation de passer au numérique, c'est faux », s'exclame cette liévinoise habituée du Ciné-Club. « On fait dire aux chiffres ce qu'on veut ». Quant au surcoût engendré par cette évolution technologique, le chiffre annoncé par la direction de l'établissement fait largement sourire. Selon ces empêcheurs-de-fermer-en-rond, l'opération coûterait l'équivalent de 20.000 $ (soit environ 14.000 euros) par projecteur. Le cinéma en compte trois, ce qui est bien différent du montant annoncé par la direction de la structure (150.000 euros au total). De même, les chiffres (communiqués par la direction d'Arc-en-Ciel et relayés par notre site, ndlr) avancés pour justifier cet arrêt sont contestés. L'activité cinéma ne serait pas la moins rentable des activités. « Et encore, reprend cette manifestante à la volée, est-ce que la culture a un prix ? ». « C'est une association financée par des deniers publics et nous n'avons pas accès aux chiffres », s'étonne Valérie. La subvention du Centre cinéma de la cinématographie serait restée stable : autour de 9.000 euros par an ces trois dernières années (il nous a été annoncé une division par trois des subventions du CNC en un an).



«Le Pathé, c'est par là !»

le dialogue s'instaure parfoisA défaut de se nouer avec l'équipe dirigeante, le débat trouve refuge sur le pavé de la place Gambetta. Les manifestants gênent le passage d'une voiture de sport, occupée par quatre jeunes, caisse de basses à fond. Ces derniers donnent des coups d'accélérateur, avant de faire crisser leurs pneus. « Le Pathé, c'est par là ! » leur indique l'un des protagonistes. Assurément pour eux, les deux structures sont aux antipodes de leurs attentes : incompatibles. D'un côté la culture, de l'autre l'industriel, le commercial. « S'ils proposent des films d'art et essai au Pathé, j'irai au Majestic ou au Métropole à Lille », s'indigne l'un d'eux.

Face à une décision qu'ils jugent unilatérale, non concertée et brutale, les défenseurs du cinéma Arc-en-Ciel se sont regroupés pour créer une association à but non-lucratif ("Spectateurs du cinéma Arc-en-Ciel"). Basée à Liévin, elle est déjà composée de plusieurs dizaines de membres et fait actuellement circuler une pétition (papier et internet), qui a déjà permis de recueillir en quelques jours plus de 1.400 signatures. Les opposants à la fermeture d'Arc-en-ciel ne comptent pas en rester là et comptent organiser un nouveau rassemblement face à l'Hôtel de ville de Liévin lundi soir (un conseil municipal y est prévu) tandis que se prépare avec angoisse la soirée du 1er juillet. Tous la passeront à Arc-en-ciel avec le ferme espoir que ce ne soit pas la dernière séance...