Le cinéma le Méliès de Grenoble, qui accomplit depuis des années un formidable travail d'éducation à l'image basé sur une programmation audacieuse a un projet d'extension, qui le ferait passer de 96 à 524 fauteuils et de 1 à 3 écrans. Ardemment soutenu par la ville, voté à l'unanimité en août dernier par la Commission départementale d'équipement cinématographique, ce projet vient de recevoir un "avis défavorable" du CNC. Motif ? La ville de Grenoble serait suffisamment pourvue en salles Art et Essai, ce qui est faux quand on sait que le groupe Europalace possède à lui seul 66% du parc de salles de la ville, 76% des fauteuils et 83% des entrées ! et que seuls deux établissements sont aujourd'hui classés Art et Essai à Grenoble, le Méliès avec 98 % de films recommandés Art et Essai, et le Club appartenant à Europalace. Chacun sait en revanche que Grenoble attire une population étudiante importante, que le monde associatif y est très développé, et la cinéphilie une réalité. Il semble également que le CNC ait jugé ce projet trop coûteux, mais selon Bruno Thivillier, directeur du Méliès, l'argument ne tient pas non plus. Comment le CNC peut-il demander de limiter le nombre de salles et de fauteuils au vu de la concurrence, participer à l'élaboration du montage financier du projet pendant plusieurs mois et au final appliquer un ratio du coût par fauteuil en regard du montant global des travaux, sans prendre en compte le caractère spécifique du projet et le fait qu'un loyer conséquent est déjà imputé dans le compte de résultat de l'exploitation. Comme l'écrivent les responsables de la salle "la réussite de ce projet est un enjeu majeur pour la diversité culturelle sur l’agglomération grenobloise. Seule salle du département de l’Isère à bénéficier des trois labels du classement Art et Essai (recherche et découverte, patrimoine et répertoire, jeune public), le Méliès développe depuis plus de quarante ans une politique d’éducation à l’image, tournée vers tous les publics. Dans un contexte national particulièrement difficile, de pressions juridiques et médiatiques des grands groupes, le Centre National de la Cinématographie, qui a pourtant pour mission la réglementation et le soutien à l’économie du cinéma, via la Commission d’aide sélective à la création et à la rénovation des salles de cinéma, vient de nous transmettre la notification qui fait état d’un « avis défavorable » sur notre projet décidant de « ne pas nous accorder le bénéfice de cette aide », et créant ainsi, contre toute attente, un précédent. Il s’agit bien là d’une remise en cause des politiques d’aménagement et de financement du cinéma en France. Nous sommes toutefois déterminés à mener à bien ce transfert d’activité du Méliès, malgré les difficultés que cette décision entraîne, conscients que nous participons à la diffusion d’un certain cinéma comme facteur de lien culturel et de cohésion sociale."
Pour rejoindre le Comité de soutien au projet du cinéma le Méliès, merci d’écrire à : melies-fol38@laligue.org
Nicolas Philibert, réalisateur
Nicolas Philibert, réalisateur