Nicolas Kotz soutient le Méliès à Grenoble

40 ans plus tard...

Bonne nouvelle ! En août 2007 le Méliès obtient l’accord de la Commission départementale d’équipement cinématographique pour se déplacer sur un autre site passant ainsi d’une salle mono écran à une salle de trois écrans. Cette décision encourage et ouvre de nouveaux horizons cinématographiques à la fois pour les spectateurs grenoblois, les cinéastes, et les exploitants du Méliès qui sont ainsi récompensés pour leurs années de travail auprès d’un large public passionné par le cinéma d’auteur, les dispositifs d’éducation à l’image, et l’amour de l’histoire du cinéma.

Mauvaise nouvelle ! Après que ce projet d’agrandissement ait été choisi et approuvé par la Ville de Grenoble ensuite validé à l’unanimité par la Commission départementale d’équipement cinématographique, le Centre national du cinéma vient d’émettre un avis défavorable via sa Commission d’aide sélective à la création et la rénovation des salles sous le prétexte qu’il y aurait déjà trop de cinémas d’art et d’essais à Grenoble et que le projet serait trop coûteux. Trop de cinémas d’art et d’essais à Grenoble ? Qu’est-ce que la commission du CNC entend par « trop de salles d’art et d’essais à Grenoble » alors que la ville elle-même et la Commission départementale – après avoir étudié ce projet en termes de concurrence, de coût public, et de marché – le soutiennent de manière unanime ? Qu’est-ce qu’elle entend par « trop coûteux » alors que ce projet associatif ne sollicite auprès du CNC que 15% du budget global financé sur les fonds propres du Méliès et une aide des Communautés Territoriales ?

Ce qui nous inquiète dans cette décision est le message que cette commission vient d’adresser à tous les cinéastes, producteurs, distributeurs, exploitants, structures d’éducation à l’image, spectateurs, investis dans la création cinématographique contemporaine en France. L’élargissement du cinéma le Méliès est un signe plein d’avenir et de vigueur pour le cinéma d’auteur dans son ensemble. Si le cinéma d’auteur a pu se développer, se renouveler, et se transmettre dans notre pays comme dans aucun autre pays au monde, c’est grâce à une politique de financements publics et l’affirmation une certaine idée de la culture. Ce message adressé à la profession est un message politique. Il confirme et précise, dans un contexte déjà particulièrement enflammé, la volonté de désengagement de l’état par rapport aux ambitions culturelles de la France. En empêchant le CNC d’accompagner le Méliès dans son projet de rénovation, cette commission qui s’exprime au nom du CNC, nous dit que dorénavant le CNC devra s’aligner sur la politique brutale que le gouvernement français actuel a décidé d’imposer à une profession très largement opposée au démantèlement du financement public de la culture en France. Liquidation de l’héritage de mai 68 disait l’autre ? Nous sommes nombreux à mesurer très exactement la portée d’une telle affirmation. Les cinéastes, mais aussi les associations et les structures publiques, qui enrichissent, développent et diffusent le cinéma d’auteur. Et nous suivrons très attentivement l’évolution de la situation. Ces réseaux qui parcourent l’ensemble du pays forment un outil de création tout à fait unique dans le monde. Ils ne peuvent appartenir à aucun gouvernement (par définition temporaire). Ils sont l’héritage de l’histoire du cinéma, de générations de spectateurs, d’exploitants et de cinéastes. Notre responsabilité n’est pas d’opposer les intérêts publics aux intérêts privés mais de continuer à développer nos outils, de les améliorer encore, de manière à ce que nous puissions transmettre ces outils aux cinéastes et aux spectateurs de demain.

Nicolas Klotz, cinéaste